Ca pétille : Anaïs Nin : Sur la mer des mensonges

Dans Anaïs Nin : Sur la mer des mensonges, édité par Casterman, Léonie Bischoff met à l’honneur avec beaucoup de finesse et de poésie une écrivaine et diariste plus moderne que jamais.

La romancière s’est beaucoup rebellée. Elle a longtemps refusé une norme très masculine, les contraintes imposées par son époque et revendiqué une liberté amoureuse totale : des thématiques tout à fait actuelles qui font d’elle une féministe de premier ordre, un esprit libre, amoral, prêt à braver tous les interdits et manifestement en avance sur les mœurs de son temps.

Elle souhaitait devenir une artiste mais refusait que sa manière d’écrire soit transformée et trahie.Elle y est parvenue devenant au fil du temps une figure littéraire sulfureuse et respectée.

L’ancienne libraire Léonie Bischoff décrit avec justesse une amante en quête du bonheur. Elle met parfaitement en relief son mode de fonctionnement et cette corrélation constante et indomptable entre désir et créativité. Il est évident qu’ Anaïs Nin possédait une sensibilité particulière et un besoin irrépressible de l’exprimer.

Pour arriver à ses fins, préserver son entourage et écrire elle a menti parfois, omis certaines choses. Et alors ?

Elle est née le 21 février 1903 en France à Neuilly-sur-Seine sous le nom de Rose Jeanne Anaïs Edelmira Antolina Nin. Son père était un grand pianiste cubain d’origine catalane et sa mère une chanteuse franco-danoise. L’adolescente tourmentée a commencé à tenir un journal intime dès l’âge de 11 ans. Celui-ci débuta par une lettre qu’elle adressait à ce père qui les a abandonnés, la laissant seule avec sa mère et ses deux frères. Carnet au départ exutoire qu’elle tiendra jusqu’à sa mort, le 14 janvier 1977 à Los Angeles. La publication de ses journaux intimes est clairement à l’origine de son succès.

Dans ce magnifique roman graphique, inspirant et sensible, la créatrice suisse qui réside aujourd’hui en Belgique et qui est aussi membre du collectif des créatrices de BD contre le sexisme revient sur un moment de la vie de l’écrivaine où celle-ci se cherche et explore.

Intrigante et passionnée, elle aura tourné la tête de tous ceux qui l’auront côtoyée. Que ce soit Hugo son mari banquier avec qui elle aura une relation plutôt avant-gardiste, ou les écrivains qui l’auront entourée : tous et toutes tomberont littéralement sous le charme de cette personnalité innovante et intelligente, à la fois muse, éditrice et partenaire de création : Antonin Artaud, Edmund Wilson, Laurence Durrel et surtout Henri Miller son mentor.

Des amitiés qui furent parfois bien davantage car avec certains elle aura des rapports plus intimes. La liaison qu’elle a eue avec Henri Miller et sa femme June aura autant de répercussions dans sa vie personnelle que dans sa vie artistique.

Toujours à la recherche d’une sorte de perfection, son style littéraire connaîtra une nette évolution sous l’influence du romancier américain. Dans la bande dessinée, l’autrice narre comment la jeune écrivaine a créé deux versions de ses journaux intimes, une édulcorée qu’elle donne à lire à son mari et la première mouture où elle dresse une représentation plus profonde et plus exacte de sa vie privée et de ses relations intimes. Il aura fallu attendre sa mort et celle de son mari, pour que l’ édition, non expurgée de ses journaux intimes soit publiée. Reconnue également pour ses récits érotiques, elle fut également une pionnière dans ce domaine.

Le dessin de Léonie Bischoff nous submerge, tel des flots de vagues qui roulent et se cassent sur des rochers. Ce sont ces images qui ouvrent, avec fracas, cet album où nous suivons la vie palpitante, tragique et ensorcelante d’Anaïs Nin.

Pour dépeindre la vie de cette jeune artiste aux airs fragiles, la bédéiste a utilisé exclusivement un crayon arc-en-ciel dit « Rainbow color ». Avec des mines aux multiples couleurs, elle décline les différentes teintes comme bon lui semble, ce qui s’accorde subtilement avec son héroïne hors normes.

Pour cet ouvrage, elle est à la plume et au dessin et vraiment, ça lui réussit. Avec ce nouveau titre, la dessinatrice surprend car elle change diamétralement de direction graphique ! Avec son trait vibrant et doux, elle livre des images sensuelles, végétales, florales et au final un one shot splendide dans lequel les émotions sont mises en avant avec délicatesse ! C’est aussi un florilège de couleurs à la fois doux, épuré et d’une grande force et un moment de lecture aussi beau pour les yeux, qu’inspirant pour l’âme.

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