Il s’agit d’une fable fantastique réalisée par Jean-Christophe Deveney et illustrée par Saïd Sassine pour Glénat.
Le talentueux scénariste Lyonnais s’est emparé d’un projet imaginé par son collègue il y a quelques années pour en faire une œuvre commune au rendu fabuleux.
C’est l’histoire d’une femme peintre nommée Lina. Elle évolue dans l’Europe d’un second empire alternatif. Piégée par un mariage pesant, un époux volage et par des conventions qui l’insupportent, elle décide de s’installer dans un domaine forestier prêté par une amie. Elle tombe complètement sous le charme d’un cadre idyllique. Au fur et à mesure de ses pérégrinations, elle ressent une attraction de plus en plus puissante, au point de capter une présence, et de voir une créature qui prend vie sous les traits d’un majestueux centaure fait de bois mort. Cet esprit ancien, allégorie du vivant, ressuscite son envie de créer. Si cette rencontre s’avérera propice à l’imagination et à l’art, elle fera naître chez l’être fantastique des émotions typiquement humaines comme la jalousie ou le désir d’appartenance et une issue que personne n’avait imaginée.
Jean-Christophe Deveney aborde avec cette fiction lumineuse des thématiques qui lui sont chères. Il y a bien sûr le processus créatif, ce qui le motive et l’anime mais également la place de la femme et l’indispensable recours à la nature, poumon vital malmené pour des raisons d’ordre défensives. Le rapport à la la liberté et le consentement, souvent négligé hélas, y sont traités avec finesse. Le scénariste conte l’ émancipation d’une artiste courageuse décidée à suivre ses envies et intuitions malgré une conjoncture réactionnaire. Il y a également une dimension écologique d’envergure sous-jacente au récit.
Grâce à une intrigue captivante qui glisse de la romance vers l’horreur, l’auteur amorce une réflexion sur la position de l’humain par rapport à son environnement.
Plusieurs lectures de l’ouvrage sont recommandées afin d’en saisir toutes les subtilités.
Les illustrations de Saïd Sassine sont incroyables, harmonieuses et modernes. Imprégné de culture manga, le bédéiste s’est inspiré des design du maître Go Nagai. Il a réalisé pour cet album une performance graphique époustouflante qui pousse d’emblée au respect.
Les cernes noires qui encadrent les planches mettent en lumière une esthétique poussée relevée par un florilège de couleurs.
«Portraits de persil » est une bande dessinée ambitieuse et aboutie qui se dévore littéralement. Sa narration maîtrisée et son graphisme envoûtant nous laissent une forte impression.
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